Escale
Ca fait un bout de temps que je n’ ai pas pu écrire quoi que ce soit, rien ne m’a émue au point de pouvoir le faire, ma vie étant trop enlisée dans la routine et les soucis. Ma relation à l’écriture m’a toujours étonnée, elle ne se donne pas à moi comme je le voudrai, elle ne m’obéit pas et ne se manifeste qu’à ses propres conditions, se tarissant pendant de longues périodes et jaillissant parfois au creux d’une nuit. J’aimerai saisir son secret mais peut être que finalement c’est ce qui fait son charme, écrire serait ce plaisir rare qui se savoure tel qu’il vient.
L’autre soir en rentrant chez moi après une interminable journée au boulot un mot a attiré mon attention, il faut dire qu’on ne pouvait pas le rater, sur la façade de l’Institut français des faisceaux lumineux rouges dessinaient en grand le mot “ESCALE”. Ce tout petit mot en apparence anodin a provoqué en moi de nombreux questionnements, au point de toujours me hanter quatre jours après l’avoir aperçu.
Escale : nom féminin (italien far scala, faire escale, du latin scala, échelle, parce qu’on descendait à terre à l’aide d’une échelle)
Une escale est un temps d’arrêt passé dans un endroit. En général c’est un laps de temps durant lequel on attend une nouvelle destination, certains peuvent en profiter pour apprécier ce moment, pour d’autres c’est plus un arrêt forcé dont on s’évertue à attendre la fin, impuissants.
Depuis presque deux ans, je me sens en escale dans ma propre vie… J’attend que les choses changent pour pouvoir avancer, que mes parents n’aient plus de problèmes, de ne plus en vouloir à mon père de nous faire subir les conséquences de ses actes, que je puisse quitter ce boulot aux conditions désastreuses, que je reprenne mes études dans une nouvelle voie qui me conviendrait mieux, que je réalise des rêves qui me tiennent à coeur, que j’aime profondément sans me soucier du reste ou des autres…
J’ai l’impression que la vie refuse de me laisser souffler, les choses ne font qu’empirer au fil du temps et l’espoir s’évapore peu à peu. Celui qui a dit que l’argent ne fait pas le bonheur avait bien tort, sans conditions matérielles satisfaisantes tout est bien plus compliqué, chaque chose jadis vite réglée devient source d’angoisses. A 21 ans on m’a dit Fadwa bienvenue dans le monde des adultes, tu n’as pas d’autre choix que d’assumer les erreurs de tes parents et abandonner tes rêves pour vivre dans la frustration et la stagnation. Aujourd’hui j’en ai bientôt 23 et j’espère trouver cette échelle qui me permettra de remonter sur le navire, et arrêter de voir les autres partir tandis que je suis toujours là à désespérer.











Elle, elle était verte. Elle avait ce goût d’acide et de fraise à la fois qui me faisait penser à la fête foraine de quand on était mômes. La barbe à papa qui s’envolait vers le ciel et se dispersait en tout un tas de nuages tous roses. C’était le temps du bonheur. Dans la place, oui je me souviens maintenant, il y avait ce petit cirque tenu par une famille de gitans. Une vie de bohème, des couleurs plein les yeux et cette odeur poudrée que j’ai toujours au bout du nez, rien que ça. Puis le ciel s’affadit, et les manèges s’arrêtent de tourner. Un long gémissement sort de la gueule du train fantôme puis s’étouffe petit à petit.







